MÉMOIRES VAGABONDES

Mon ami Albert m’a permis de publier ce qu’il appelle ses « mémoires vagabondes » à la suite de ce que j’ai déjà mis en ligne, et je commence par la première de ces nouvelles très savoureuses que je vous fais partager in extenso avec grand plaisir.

My beautiful street and our vicinity*

No me toque la pichi la la la, la pichi, la la la, la pichi, la, la, la (air du folklore Béni-Safien)

J’habitais la rue « des trois hémisphères. Elle n’avait rien de particulier, sinon qu’elle était habitée par un conglomérat de familles aux origines diverses, mais méditerranéennes. Le vrai lien qui unissait ce peuple et lui donnait son unité était la pauvreté. Une misère qui avait sécrété son propre système d’autosuffisance ; on manquait de tout, sauf de l’essentiel : du pain, de l’oignon et de la sardine ; grâce au troc, on finissait par combler les cases vides de nos besoins.

Mes voisins immédiats étaient chevriers. Ils disposaient d’un troupeau de chèvres et d’un ou deux boucs. Peu importe leur nombre ; ils se disputaient très souvent (je parle des boucs). Ils n’acceptaient pas de partager les génitrices. Le plus vieux les voulait toutes pour lui, tandis que le jeune en avait par-dessus la tête de demander la permission de soulager accessoirement ses glandes afin d’accomplir son devoir de reproducteur.

Et c’est ainsi que de temps en temps, il se formait des disputes mémorables desquelles le freluquet à peine sorti de son adolescence n’était jamais sorti vainqueur. Lorsque l' »arthrosé » de vieux mâle déjà bon pour la retraite prenait ses crises de jalousie, il donnait des coups de tête à défoncer le mur de Berlin. Et le jeune apeuré aux yeux pleins de larmes se morfondait au fond du corral.

Adolescents, avec d’autres camarades, nous nous amusions à imiter le comportement du bouc que nous appelions « barba photo ». Le poing fermé, nous imprimions des mouvements saccadés à notre mention tout en émettant des bêlements plus ou moins fantaisistes ; parfois les chèvres joyeuses remuaient avec frénésie leur queue, enfin c’est ce que je pensais ! Mais comme elles continuaient à ruminer avec des yeux inexpressifs et vitreux l’herbe chétive qu’elles avaient ingurgitée dans la matinée du côté du « monte seco », il est clair que je devais me tromper. De toute façon, cela nous donnait l’illusion, à douze ans, d’être les égaux de ces vieux mâles caparaçonnés. Ces derniers n’appréciaient pas ces comportements et souvent ils venaient nous cogner, sans trop de conviction. Au fond, je pense qu’ils avaient vite admis que nous n’étions que des rivaux de pacotille. A l’époque, je n’avais pas compris pourquoi ces boucs portaient un tablier en cuir sous l’abdomen ; c’est un grand de quatorze ans qui m’expliqua que ces animaux devaient accomplir leurs devoirs conjugaux à des périodes bien précises  et sur des femelles bien identifiées. Des préservatifs pour bouc, en somme. Dans notre petite tête de gamins délurés, ceci nous conduisait à faire des comparaisons avec des adultes du quartier et leurs épouses respectives ; notamment avec M. Sebhaou, le cordonnier, qui portait toujours un tablier de cuir épais lorsqu’il officiait devant le pas de sa porte, d’autant plus qu’il possédait une barbichette et qu’il était né sous le signe du bélier. En fonction des saisons, le chevrier, surnommé « El Cabrero » sortait son troupeau dès le lever du jour au printemps et en automne ; c’était un homme pas trop jeune, âgé peut-être de cinquante ans, avec un visage sillonné de rides et moustaches à l’ancienne. Il était toujours vêtu d’une veste et d’un pantalon délavés en  coutil, avec beaucoup de reprises, mais toujours propres. Le mégot collé à la commissure de ses lèvres sur la partie gauche de sa bouche, la musette au dos et la matraque dans la main droite, il allait de son pas tranquille vers les collines qui entouraient le village. Le chien qui dirigeait le troupeau s’appelait « Tito », peut être parce que ce fut un ancien employé de la Compagnie surnommé « Le Serbe »   qui le lui offrit.

La suite au prochain numéro…

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