ESCAPADE NABATÉENNE DANS LES TRACES DES ANCIENS…

A me lire, on se posera la question peut-être de savoir pourquoi j’ai une telle mémoire des détails… c’est parce que tout simplement, à l’époque, je réalisais pour chaque voyage un album photos très bien documenté grâce aux notes prises dans mon carnet de voyage.

Enfin mon rêve de découvrir le berceau de de la civilisation judéo-chrétienne se réalise… Depuis des années, après l’Egypte et Israël, je souhaitais connaître cette terre où se sont étroitement mêlées les trois religions juive, chrétienne et musulmane et où ont régné durant plus de quatre siècles les Nabatéens qui nous ont légué le trésor magique de Petra. Ce rêve se réalise en juillet 2000 mais est assombri par un message verbal de notre fils cadet, Fabrice-Nicolas, qui nous annonce qu’il a quitté sa femme et ses trois enfants… sans plus ! Nous étions deux couples et il n’était pas envisageable de renoncer à ce voyage et puis qu’aurions-nous fait, sinon se morfondre ???

Premier jour : AMMAN

Le premier jour consacré exclusivement au voyage nous accueille tous les quatre (nous étions partis avec un couple ami). Nous apprenons que nous rejoignons un groupe composé au total de neuf personnes qui a déjà fait un circuit de trois jours. Notre taxi nous conduit rapidement en ville par une large artère : la circulation paraît fluide dans les quartiers que nous sillonnons dans la capitale, mais l’heure est déjà assez avancée, ceci sans doute expliquant cela.

Amman

Notre hôtel, le plus beau d’Amman paraît-il, s’il a obtenu en 1995 le titre envié de plus bel hôtel du Moyen Orient, a quelques problèmes de maintenance. Il nous faut déjà changer de chambre, la climatisation étant en panne…

Deuxième jour : LES CHÂTEAUX DU DÉSERT ET LA MER MORTE

Ksar El Karaneh

Après une première nuit assez reposante (la clim m’offre un léger mal de gorge qui ne me quittera plus), nous découvrons notre guide que nous garderons tout le séjour : Mustapha, qui parle un français tout à fait correct (il a séjourné à Lyon pour obtenir sa maîtrise de français mais n’exerce pas encore, les professeurs étant nommés en raison de leur ancienneté en âge, il lui faudra attendre son tour pour pouvoir enseigner. Pour l’heure, il fait le guide et semble tout à fait satisfait de son état comme il le confirmera plus tard. Nous découvrons par la même occasion nos autres compagnons (cinq au total) qui ont choisi deux formules différentes, neuf et quatorze jours avec extension à Aqaba). Il y a deux couples, Jocelyne et Marc (mariés l’année précédente à Las Vegas), France et Alain, enfin Claude une célibataire.

Mustapha nous informe qu’il a volontairement modifié le trajet de notre parcours : en raison de la température (nous sommes en juillet), il estime qu’il vaut mieux aller découvrir les châteaux du désert aujourd’hui et réserver la visite de Jerash et d’Amman pour le lendemain.

Notre guide semble avoir raison puisque, après un assez court voyage en bus climatisé, nous visitons le premier des châteaux sous une brise appréciable. En fait toute la semaine nous aurons le même temps éblouissant ponctué d’un vent assez frais qui nous fera oublier la chaleur ambiante.

Les châteaux du désert – qui sont de petites forteresses – ont été bâtis semble-t-il pour servir de halte aux caravaniers entre l’Arabie Saoudite et la Syrie. Très différents les uns des autres, ils peuvent être de véritables châteaux fortifiés tout comme de simples lieux de résidence des califes omeyyades de Damas.

Le premier site, Qsar al-Karanen, un caravansérail du temps des Omeyyades, nous montre une espèce de forteresse très bien conservée. Son édification date de 711 comme en témoignent les inscriptions sur les portes en caractères koufiques. Des inscriptions grecques prouvent qu’il a été également occupé par des armées romaines ou byzantines.

Le deuxième est en fait un pavillon de chasse : il porte le nom de Qsayr Amra, [petit château] et est le seul classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Amra, dans la plaine du Wadi Butum, est un pur joyau de l’art pictural avec ses fresques totalement profanes pour un musulman. En effet, son propriétaire, le calife Al-Walib, passait pour un libertin et les thermes sont tapissés de personnages (250 au total) représentant des guerriers, des musiciens, des tailleurs et ô sacrilège, des femmes nues au bain ! À l’entrée subsiste encore un système hydraulique-noria avec un cercle de plus de six mètres permettant sans doute à une bête de somme d’actionner le mécanisme pour extraire l’eau d’un puits toujours présent.

AZRA

représentation de Lawrence d’Arabie qui y a vécu

Enfin Azra, dont l’histoire est liée en partie à Lawrence d’Arabie parce qu’il y a vécu quelques années. Ce château était à l’origine une forteresse romaine puis il fut reconstruit par les Ayyoubides (la dynastie de Saladin). Détruit par un tremblement de terre en 1927, il était érigé autrefois sur trois niveaux et situé de telle sorte qu’il pouvait contrôler les caravanes qui traversaient la vallée du Wabi Sirham entre l’Arabie saoudite et la Syrie.

L’après-midi, après un délicieux repas composé de mezze et de mensaf (sorte de ragoût de mouton servi avec du riz et des pignons recouverts de sauce), nous reprenons notre bus en direction de la Mer Morte. Celle-ci, du côté jordanien, est beaucoup moins à-pic que du côté israélien autant qu’il m’en souvienne, mais toujours aussi salée. Marc, s’allonge sur l’eau en lisant ostensiblement le Canard Enchaîné pour la photo d’usage. Claude se brûle un peu l’œil en oubliant les conseils prodigués tant par Mustapha que par un écriteau. Après le bain dans une eau dont j’avais oublié le degré élevé de température et le rinçage au jet, nous ne résistons pas au bain de boue appliqué avec soin par un Jordanien (manifestement joignant l’utile à l’agréable puisque de nous badigeonner lui rapporte un dinar par personne, soit 12 francs). Après avoir rendu à la mer sa boue et nous être rincés, nous allons nager avec délice dans la piscine de l’hôtel de luxe et tester son immense toboggan avec de regagner Amman.

Troisième jour : JERASH et AMMAN

On est étonné en arrivant sur le site de découvrir autant d’activité (ouvriers, camions, engins de ponts et chaussée…). Nous sommes en l’an 2000 je le rappelle et la ville qui n’a pas été classée au patrimoine mondial de l’Unesco fait l’objet de réhabilitations plus ou moins fidèles en tout cas à notre sens. Ainsi l’Arc d’Hadrien construit à l’occasion de la venue de ce dernier et jamais terminé (seule la moitié avait été réalisée) est-il en train de l’être…

De même, l’hippodrome, très long corridor de 245 m de long sur 52 de large et qui était le lieu de distraction par excellence, subit-il une restauration – avec des emplacements sous les arches pour de futures échoppes – à coups de mortier… ?

Cette restauration « sauvage » mise à part, on est ébloui par l’étendue de la ville antique. Les deux temples dédiés à Zeus et Arthémis, les deux superbes théâtres du Nord et du Sud dont on a pu vérifier l’acoustique, l’immense « Cardo maximum » (800 m de long, bordé de colonnes ioniques peu à peu transformées en colonnes corinthiennes) et la superbe place ovale de 90 m sur 80 qui doit son nom à sa forme bien sûr et qui servait d’esplanade sacrée pour le temple de Zeus. En plein milieu du Cardo se trouve le « Macellum » ou marché couvert, dont la date probable de construction est inscrite : 211. Une porte triple donne accès aux halles proprement dites ouvertes sur une cour intérieure au centre de laquelle trône une très belle fontaine. La boucherie par exemple est aisément reconnaissable aux sculptures (veau, lion, etc) ornant les étals. La Nymphée, importante fontaine, servait, elle, à alimenter la ville en eau.

Petite anecdote : Mustapha nous prouve que les colonnes bougent au moindre souffle de vent : démonstration est ainsi faite d’une petite clé introduite dans un interstice qui bouge à la moindre respiration.

A l’ouest sont situées trois (parmi d’autres qui attendent toujours d’être déterrées) églises byzantines datant de 530 environ : l’église Saints-Come-et-Damien regroupe parmi elles les plus belles mosaïques de Gerasa, telles qu’on peut les observer à ciel ouvert.

sol en mosaïques de l’Eglise Saints-Come-et-Damien : ces mosaïques à ciel ouvert sont les plus belles de Jerash

A l’issue de cette passionnante visite le déjeuner a lieu dans un restaurant rafraîchi par plusieurs fontaines, dont le bruissement harmonieux sert de musique de fond, et d’abondantes plantes luxuriantes. L’occasion nous est donnée d’admirer l’élaboration et la cuisson du khobz (pain arabe), qui nous est offert à goûter tout chaud. Après les habituels mezze nous avons droit à une espèce de chiche kebab recouvert d’une pâte très fine un peu comme une crêpe mexicaine.

Fabrication et dégustation du Khobtz

AMMAN ex Philadelphie

Amman

la visite d’Amman commence par les quartiers ouest où sont situées les ambassades notamment. Nous sommes priés de ne pas arborer d’appareil photo en passant devant l’ambassade américaine sous peine de se faire repérer et arrêter ! Les villas les plus élégantes étalent leurs richesses. .

Amman est une ville moderne sans conteste. Ses avenues sont larges et la circulation y est moins dense qu’au Caire par exemple puisque c’est une comparaison que je peux aisément faire. D’autre part l’air y est pur et ce malgré la quantité de gaz carbonique expiré par les nombreux véhicules qui sillonnent la ville. Il faut dire que le prix de l’essence est relativement bas pour la simple raison que le pétrole est importé d’Irak en échange des camions de nourriture que le pays fournit avec l’aval des Nations Unies. Ainsi tous les jours des camions partent pleins pour l’Irak situé à une douzaine d’heures tandis que des camions citerne emplis de pétrole font le chemin inverse.

D’autre part on construit sans cesse à Amman : La pierre blanche est de rigueur pour recouvrir les murs des bâtiments. A noter que les toitures en tuiles rouges sont un signe extérieur de richesse.

Nous montons ensuite vers la citadelle qui domine la ville basse et cela me donne l’occasion de dire qu’à l’origine, la ville s’appelait Rabat Amon (parce qu’occupée à l’âge de fer par les Ammonites). Vers le milieu du Ve siècle avant JC, des guerriers helléniques, les Tobiades, s’emparent de la ville pour la rebaptiser « Philadelphie » du nom de leur dirigeant Ptolémé III Philadelphe. En 63 avant JC Pompée s’impose dans la région mais c’est Trajan qui va lui donner ses lettres de noblesse grâce à la voie romaine qu’il fera édifier ainsi que les différents monuments : théâtre, odéon, temples, forum… Les très puissants Omeyyades l’enlèvent aux Byzantins qui y avaient établi un évêché en 635, mais en définitive ce sont les Abbassides en 750 qui causent son déclin progressif et il semble même que la ville ait cessé d’être habitée durant cinq siècles jusqu’à ce que les Circassiens y trouvent refuge vers 1878, chassés par les armées d’Alexandre III. Au moment de la chute de l’Empire Ottoman, les accords passés entre Abdullah et les Britanniques constitueront un gouvernement arabe national avec pour siège Amman.

La citadelle : c’est sur cet emplacement que furent retrouvés les premiers vestiges d’occupation humaine aux alentours du deuxième millénaire avant JC.

Le Temple d’Hercule : monument le plus ancien de Philadelphie, date du règne des Empereurs Verus et Aurèle entre 161 et 179. Cet édifice fait actuellement l’objet de restauration et de reconstruction partielle (j’imagine qu’elle est terminée depuis) . Seuls subsistent deux grandes colonnes et le linteau.

Le temple d’Hercule

El Qsar (le Palais omeyyade) : construction due aux arabes ottomans qui a pu servir de résidence à un chevalier omeyyade. D’importants travaux (réussis) de restauration sont entrepris et le dôme doit aujourd’hui avoir sa couverture de cuivre (à l’époque elle était en zinc) afin de ressembler à celui, doré, de la coupole du Rocher à Jérusalem.

El Qsar

On parvient aux ruines d’une basilique byzantine au nord du Temple d’Hercule aux modestes dimensions. On vient (toujours en 2000) de mettre au jour une série de mosaïques qu’il ne nous a pas été donné d’admirer.

De chaque côté du théâtre romain dont l’acoustique est nulle en raison des bruits de la ville alentour, sont situés deux musées d’art et de folklore jordanien avec notamment des robes de mariée assez lourds.

Quatrième jour : LE MONT NEBO, MADABA, KERAK

Aujourd’hui c’est avec la civilisation judéo-chrétienne que nous avons rendez-vous. D’abord ce matin avec la juive, le Mont Nebo et Moïse et la chrétienne ensuite avec la carte de la Palestine de Madaba et Kerak (les Croisés).

Le ciel est toujours du même bleu pur qui ne nous quittera pas de tout notre séjour. Il est à noter que le groupe, bien que logeant dans trois hôtels différents, sera toujours ponctuel et bien soudé.

Nous allons en direction du Mont Nebo. Malheureusement une brume momentanée vient contredire ce qui est avancé plus haut, et la vue sur la mer morte, Jéricho (qu’il faut bien deviner !) le Jourdain et Jérusalem, est quelque peu ou prou altérée , plutôt prou que peu. Une stèle a été érigée en l’honneur de la venue de Jean-Paul II pour se recueillir sur cette colline (804 m) où se trouverait la sépulture de Moïse. Ce dernier y serait monté juste avant de trépasser afin d’obéir à Yahweh pour contempler la Terre promise.

Grâce aux Franciscains de la Terre sainte, en 1936, qui achetèrent le site et dégagèrent l’église ensevelie depuis plus de trois siècles, les fouilles ont révélé que la basilique construite en son sommet par les premiers byzantins en 393, contenait autrefois trois nefs et était couverte de mosaïques dont les dessins représentent comme dans toutes ou presque les églises de Mataba, des scènes de la vie pastorale et des animaux. De ces fouilles notamment, une mosaïque dans un état quasi parfait a été mise au jour protégée par une autre la recouvrant totalement, cette dernière nettement plus abîmée par le temps.

Nous revenons sur Madaba, mais sur la route nous faisons une halte dans une boutique d’artisanat d’at : la démonstration nous est faite suivie de la réalisation d’une mosaïque ; je peux m’acheter l’ »arbre de vie » dans des coloris qui s’harmonisent avec les tons de la maison …

A Madaba, nous visitons l’Eglise Saint-Georges qui contient d’admirables icônes datant du Moyen Âge et surtout la Carte de la Palestine ou de la Terre Sainte) qui présente la particularité d’avoir comme repères l’Est et l’Ouest au lieu du Nord comme de coutume. L’œuvre, retrouvée date de 560 après JC, et est considérée comme l’un des vestiges les plus importants de la péninsule arabique. Sa dimension (16 m sur 6) semble exceptionnelle. Le territoire représenté est assez réaliste pour l’époque. On voit clairement la Mer Morte et le Jourdain qui s’y jette avec des poissons qui « rebroussent » chemin en raison de la salinité de l’eau. Jérusalem entourée de murs ainsi que les lieux saints les plus importants font partie bien entendu de la liste.

Sur la Route des Rois que nous avons empruntée dès le départ d’Amman le matin, nous sommes témoins d’une scène qui met de l’animation dans le bus : en effet, notre chauffeur gravissait gentiment une côte quand nous avons été doublés à droite et à gauche en même temps par deux camions blancs qui circulaient à vide. Un troisième, rouge celui-là, les suivait et il y a eu pendant quelques instants une course poursuite entre ces trois camions sur une route particulièrement escarpée et à quelque 800 mètres d’altitude surplombant la plaine. Très vite ils ont disparu et nous ne les avons jamais revus. Cette Route des Rois pourrait dater de l’époque biblique (Moïse aurait demandé l’autorisation au Roi des Edomites de l’emprunter pour regagner la Terre promise) et traverse des paysages fabuleux qui n e sont pas sans rappeler l’Ouest américain.

Notre déjeuner est plus frugal qu’à l’ordinaire. Nous sommes dans la montagne et les plats sont assez rustiques. Le restaurant n’a aucun caractère si ce n’est une superbe vue, mais il est propre comme d’ailleurs tous ceux que nous avons côtoyés.

Kerak, se trouve sur un pic rocheux naturel. C’est un château fort érigé par les Croisés en 1132 avec pour maître d’œuvre Payne le Bouteiller afin de compléter le système défensif de Baudouin Ier, roi de Jérusalem, pour défendre la foi dans cette partie du monde. Saladin, au terme de la bataille de Hattie en viendra à bout après avoir tenté deux fois de le prendre de 1183 à 1187. Kerak devient donc la propriété des Mamelouks qui l’aménageront ensuite à leur convenance.

La forteresse est construite sur deux niveaux avec une enceinte propre à chacun. Les Croisés élevèrent leur fortification à l’aide de blocs de pierre noire ou rouge que les Musulmans recouvriront plus esthétiquement par la suite de plaques de calcaire blanche. Ses proportions étaient de taille (250 m de long sur 100 de large) à refroidir les ardeurs des assaillants ainsi qu’en témoigne la résistance acharnée des Francs contre les assauts répétés de Saladin. Les dépendances (écuries et entrepôts) se trouvent autour de la terrasse que des meurtrières protègent. La partie ouest semble elle, pour sa part, attribuée aux architectes arabes. De taille plus raisonnable, elle abrite des salles voûtées souterraines auxquelles on n’a pas donné de réelle signification et en particulier une salle splendide qui, restaurée, sert à des manifestations ponctuelles.

La fin du parcours vers Petra est ponctuée de plusieurs « arrêts japonais » pour graver sur l’image quelques paysages somptueux du Wadi Arabe où se trouve une réserve naturelle où vivent « l’inexorable, », hyène des déserts, la gazelle des montagnes, le loup de Syrie et une quantité incroyable d’oiseaux et de plantes que le manque de temps ne nous permet pas d’observer.

Notre guide nous fait passer par Beidha (la petite Petra) la blanche, dont les roches sont de calcaire au contraire du grès rose de Petra. Mais le crépuscule qui tombe très vite au Moyen Orient ne nous permet pas d’en admirer le paysage comme il convient.

Cinquième jour : PETRA

Le Khazneh Firaoun

Nous allons découvrir enfin ce qui doit être le clou de notre voyage : Petra la Magique.

Dès huit heures, nous sommes tous les neuf réunis autour de Mustapha pour atteindre le site en évitant la chaleur (!). Ce dernier nous avait conseillés de faire le trajet à pied plutôt qu’à cheval ou en calèche ! Je cache ma déception puisque je trouvais pittoresque d’aborder le fameux « Trésor » à cheval… Mais je ne veux pas troubler l’harmonie de notre groupe. Cela dit je ne serai pas seule à regretter l’après-midi amèrement de n’avoir pas utilisé pour le retour ce moyen de transport.

J’avais lu auparavant que Petra était située entre les canyons érodés du Sud (en Jordanie, le terme de canyon n ‘est jamais employé, tout au moins par Mustapha), qu’elle avait été construite en grande partie par les Nabatéens quatre siècles avant Jésus-Christ et qu’elle était différente des autres sites antiques du pays tant par la qualité de son complexe monumental que par l’endroit – tout à fait naturel – dans lequel elle avait trouvé sa place. Petra en grec signifie « roche » et sa couleur rose contribue largement à sa célébrité.

Au bout d’un chemin de 1,6 km nous atteignons enfin le « ciq», un étroit défilé taillé dans le grès rouge du Jebel Es Shara (d’ailleurs à l’origine c’est un torrent, selon le guide, qui a tracé ce défilé et détourné, semble t’il, par les Romains. Auparavant nous avons admiré des excavations (des blocs de « djinns ») dans la roche qui, selon les archéologues, jouent le rôle de chambres funéraires.

Tout le long du ciq, sont sculptés dans le roc des butyles (petites niches érigées en dévotion aux dieux nabatéens).

Avant de sortir du ciq nous découvrons peu à peu, éclairé par le soleil (durant vingt minutes au total) le « trésor du pharaon » ou le Khazneh Firaoun : selon une légende un pharaon aurait caché un trésor dans le « tholos » (urne) situé en son sommet, ce qui explique la raison pour laquelle les Bédouins ont, durant des années, arrosé la face de rafales de fusils pour essayer d’en extraire le moindre butin. Il s’agit là du monument le plus célèbre de Petra. Haut de 43 mètres et large de 33, l’édifice possède une façade comportant un fronton – au centre duquel on devine un disque solaire entouré de cornes de bovin et d’épis de maïs – supporté par six colonnes terminées par des chapiteaux corinthiens.

La « rue des façades » appelée ainsi parce que possédant un alignement de structures contenant des logements qui n’auraient eu d’autre rôle que de contenir des tombes remontant jusqu’à 2000 ans avant JC. Juste un peu plus loin, se situe un large amphithéâtre taillé dans la roche ; il aurait été construit sous le règne d’Arétas IV (an 6 avant JC) sur d’anciennes tombeaux royaux dont le plus important est le « Tombeau Urne » qui, durant l’époque byzantine, au Ve siècle, aurait été transformé par l’évêque de la ville en « Cathédrale » (nom qu’il continue de porter.

Entouré de tombes, le centre-ville a été construit dans une dépression. On le rejoint par ce qui était autrefois la voie romaine, Le Cardo Maximus, entièrement pavé, la « rue des Colonnades », centre de la vie publique tant sous le régime nabatéen que Romain.

Après avoir admiré les superbes pavements de l’Eglise Byzantine dont la découverte remonte au début des années 1990, nous prenons un déjeuner assez frugal dans l’unique restaurant installé, avec pour décor les fresques naturelles que représentent les strates de la roche.

Dès le déjeuner avalé, nous sommes en mesure d’escalader les quelque 800 marches (vérification que je fais en les comptant, mais les degrés étant assez inégaux, il est impossible de tomber sur le même nombre [entre 790 et 810]. Marches qui nous conduisent au Deir, ou monastère, monument plus imposant de Petra. Sa découverte nous fait oublier la « balade » sous 35°, en début après-midi ! S’il ressemble beaucoup au « Trésor », son architecture est nettement plus sobre néanmoins. C’est son tholos, (urne de 9 mètres surplombant son sommet) que l’on aperçoit à des kilomètres à la ronde depuis le bas de la route en direction du Wadi Rum le lendemain, comme on a pu le constater à l’œil nu.

Après nous être reposés quelque peu, il nous faut redescendre et regagner notre hôtel. Nous dédaignons l’offre d’une calèche ou d’un cheval, ce que nous regretterons assez amèrement car le retour est beaucoup plus pénible. Le chemin, remontant, nous paraît interminable (nous aurons quand même fait une quinzaine de km dans la journée en pleine chaleur) et c’est vannés que nous rentrerons à l’hôtel. Le bain dans l’eau fraîche de la piscine sera salutaire après le décrassage indispensable !

A noter que le buffet de l’hôtel est entièrement renouvelé pour notre deuxième soirée et qu’il est tout aussi succulent que la veille.

Cinquième journée : LE WADI RUM

Les sept piliers de la sagesse

Nous quittons à regret Petra qui méritait sans conteste qu’on lui consacrât une deuxième journée, pour le désert du Wadi Rum. La promenade nous est proposée à partir du petit village de Rum en 4×4 (fatigué). Mais les paysages dignes de l’Ouest américain, nous font oublier l’incommodité du véhicule. C’est là que nous pourrons emplir nos boîtes vides de pellicule de sable coloré mais nous chercherons en vain le sable bleu de Petra que nous aurions voulu ajouter aux rouge, blanc et jaune du désert.

Le Wadi Rum n’est pas un désert saharien : il se situe en fait le long d’une faille tectonique qui a fait surgir des massifs rocheux assez hallucinants quasi lunaires. Le site devenant de plus en plus célèbre, il sert souvent de décor aux photographes de mode grâce a la lumière qui s’en dégage.

L’arrêt sous la tente bédouine avec offrande du thé et pause musicale est apprécié : un jeune bédouin utilise une espèce d’instrument en peau, carré avec une seule corde, duquel il tire une musique typique. Nous, les Femmes, sommes conviées à saluer les bédouines dans leur tente et sommes étonnées de trouver une jeune fille parlant un anglais très acceptable dans cette partie du désert.

Arrêt musical avec un thé hospitalier
Jolie petite bédouine du Wadi Rum

Nous prenons l’une des dernières photos devant les « Sept Piliers de la Sagesse », pic rocheux du nom de l’ouvrage célèbre de Lawrence d’Arabie qui y vécut quelque temps comme chacun sait, surtout depuis le célèbre film de David Lean avec Peter O’Toole dans le rôle titre, avant de retrouver notre bus pour le retour vers Amman ; nous ferons une courte halte pour déjeuner médiocrement sur un bateau avant de laisser une partie de nos compagnons y poursuivre leur séjour.

Ce voyage vers la capitale est assez fastidieux malgré le paysage qu’offre la Mer morte que l’on côtoie une bonne partie du chemin.

Dernière nuit à Amman à l’Hôtel Méridien et retour sur Paris dont on avait oublié la grisaille, les yeux encore emplis des merveilles découvertes ces quelques jours.

En reprenant ce voyage pour les besoins du site, je me rends compte à quel point ce pays est merveilleux. Je l’avais presque oublié plus de vingt ans ayant passé. j’ai été particulièrement heureuse de le redécouvrir